4. Les travaux d'été
L’étendue de la tâche dépendait de l’avancement
de la végétation, il était donc primordial de planifier juste à temps l’arrivée
des effeuilleuses. On devait également tenir compte de leurs disponibilités,
car elles avaient toutes des travaux à effectuer dans leur propre "campagne", et un travail accessoire dans les stations touristiques, pendant la saison
d’été. Tous ces problèmes se sont beaucoup simplifiés lors de l’évolution
vers un mode de rétribution à la journée.
Charles a été l’un des premiers vignerons
à attacher avec des anneaux métalliques au lieu de la paille. Il les formait
pendant l’hiver, à la chambre, avec une petite machine spéciale, à partir
de fils de fer pré-trempés. Josette et Edith les mettaient en boucle.
En parallèle avec les effeuilles, les hommes commençaient la lutte contre
la mauvaise herbe, au "raclet", activité qui, avec les sulfatages, se
poursuivait tout l’été. La vigne étant attachée, les femmes pouvaient enfin
souffler : elles faisaient la lessive, changeait les draps, mettait le jardin
en ordre, et terminaient les nombreuses tâches restées en suspens. On pouvait
ensuite attacher les plantations, toujours à la paille, jeunes vignes qui
resteraient sans récolte les trois premières années.
Il fallait ensuite repasser partout, pour la "bioche". Une troisième liure était devenue nécessaire, les petits bois étaient devenus grands, de nouveaux rebiots et fourchettes étaient apparus. On élaguait pour éviter des amas où l’humidité stagnait, foyers potentiels de mildiou ou d’oïdium, et les grands bois étaient raccourcis à la main. Les femmes faisaient une nouvelle lessive et remettaient leur maison en ordre. Les hommes raclaient, raclaient toujours, la vigne continuait de pousser, et un nouveau passage était nécessaire, fait cette fois à la cisaille, par les hommes.
La bioche finie, Josette pouvait enfin
aller se baigner au lac. Mais comme on était au quinze août, il suffisait
d’un gros orage pour que l’été se termine abruptement. De mi-août à mi-septembre
se vivait une période relativement tranquille.
Broches à la Polate, la "capite" dans les hauts d’Epesses, surveillance
de la pourriture et des orages, en priant pour être épargnés par la grêle,
malgré la modeste assurance-grêle conclue. Pour la petite histoire, le préposé,
plutôt entreprenant, avait l’habitude d’apporter les documents à signer
pour l’année en cours lorsque les épouses étaient seules à la maison …
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